Accueil > Flâneries poétiques > 23 juillet : Bleu

23 juillet : Bleu

mardi 23 juillet 2013

Mot

Bleu

Texte

Cette lisière bleue au bas du tergal des rideaux, comme une ride sur le sable à marée basse, mais si bleue quand la lumière dehors s’éteint plus tôt avec l’automne.

Cette petite frange inattendue de couleur qui n’est qu’incidence, angle momentané de frappe lumineuse sur le voilage, seulement cela, mais comme un contrepoids du jour.

Se poser dans une couleur, être absorbé par elle, se dissoudre. Le temps d’écrire, elle sera presque partie et restera le tombé droit et gris des rideaux, éteints.

De mémoire, remonte le violacé de la plage, dans les traces de pas le soir sur le sable sec, quand la lumière se couche, faible, et rase les crêtes formées par le poids des corps un jour sans vent, alors que dans les creux se tasse de l’ombre.

***

Retourner dans le calme présent de cette couleur qui s’efface exactement comme on tourne la tête sur l’oreiller pour trouver le bord plus frais quand la nuit pèse autour.

Bleu clos. C’est l’ombre maintenant. L’œil se replie dans ce qu’il a pris au bord du rideau. On est là ; il y a eu un moment où tout semblait tenir par cette sorte de bleu né de la vitre, du tergal, et d’une lumière d’automne ? On ne sait déjà plus vraiment comment c’était, quel ton c’était, mais son calme, encore. Comme si la lumière coulait au long du rideau jusqu’à déposer au sol cette frange de phosphore bleu.

Il n’en reste rien ; ça s’éteint dans l’œil ; il y a le rideau, plus gris maintenant que l’halogène est allumé, et le sol carrelé, pâle.

Antoine EMAZ – Soirs – 1999 – Tarabuste.

Lieu

Brioude

Les flâneries poétiques, qu’est-ce que c’est ? | Comment participer ? | Droits d’auteur | Partenaires
SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0