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26 juillet : Lettre

vendredi 26 juillet 2013

Mot

Lettre

Texte

San Pedro de la Laguna, Guatemala
Ma chère Nicole,
Je voudrais que tu voies ce paradis où je viens d’échouer : un petit village entre un lac et la montagne, loin de la civilisation, sans voiture, sans électricité, sans touristes, où je loue une petite maison ; lorsque j’ouvre ma porte le matin, j’ai le soleil juste devant moi, au-dessus du lac. Il n’y a ici que des Indiens, et les costumes qu’ils portent te feraient rêver. Je vais rester ici un bout de temps pour écrire, et si je n’arrive pas à écrire des choses terribles ici, c’est que je suis une nullité.
J’ai abouti ici un peu par hasard, sur les conseils d’un copain après que j’ai fait une crise de dysenterie qui m’a mis huit jours sur le flanc ! Maintenant, je me surveille de très près et je me bourre de tablettes de médicaments ; ici , c’est le régime riz, y compris au petit déjeuner, alors je pense qu’il n’y a plus beaucoup de risques ! Je me suis mis à la soupe et au riz au saut du lit, on s’y fait. Finis le café et les douceurs. Je pense aux confitures qui doivent attendre dans ta cave ; compte sur moi pour ne pas les laisser vieillir. (…)
J’éprouve ici de très fortes impressions poétiques qu’il m’est bien difficile encore de raconter ; mais se promener le soir, par exemple, dans le village, avec tous les gens dans l’obscurité, sur le pas des portes, qui chuchotent, c’est quelque chose d’incomparable.
Je t’embrasse très fort. Ne m’oublie pas, et salut à Paris, dont le souvenir me revient parfois, souvent, dans ma retraite isolée. A bientôt,
Bernard

Bernard Koltès – Lettres – 2009 – Minuit.

Lieu

Quelque part dans Brioude

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